En consultant la base de données de Human Studies Film Archives du Smithonian Institution, je découvre que cet institut américain possède une copie 35 mm d’un film dont j'ai entendu parler sans jamais en trouver trace. Ce film est « The Tahitian », réalisé en 1956 par le docteur James Knott. Le contact est pris avec Daisy Njoku, la responsable du HSFA. Ce film existe bien, mais il n’existe aucune sauvegarde numérique de ce dernier. Le film dort sur une étagère depuis bien longtemps sans que personne ne s’y soit intéressé. Il faut l’expertiser afin de pouvoir se prononcer sur son état de conservation avant un éventuel transfert.

Après quelques jours d’attente, le verdict tombe, la copie 35 mm est en assez bon état. Les couleurs sont encore assez vives mais, on note de-ci de-là des marques du temps et le support est en train de s’opacifier. Le diagnostic est clair : ne rien faire, c’est perdre le film à tout jamais d’ici à quelques mois.

Le film a été tourné dans la langue des acteurs amateurs (anglais, tahitien et français) avec un commentaire anglais dit par Miri Rei.

L’ICA et Smithonian Institution décident donc d’un commun accord de s’associer pour financer la sauvegarde numérique du film, en échange de quoi, l’ICA pourra conserver dans sa collection une copie originale numérique du film et bénéficiera de droits d’exploitation non commerciaux. Ce travail sera effectué par le laboratoire Colorlab, spécialisé dans les télécinémas broadcast d’archives cinématographiques. « The Tahitian » a pour titre original « Raau Tahiti ». Film de fiction, « Raau Tahiti » nous raconte l’histoire de médecins qui essaient d’endiguer l’épidémie de filariose qui touche Tahiti. Le fils du chef (Vahio Terorotua) est atteint par la maladie. Sa fiancée (Anna Gobrait) souhaite qu’il soit soigné par les médecins avec l’Hetrazan (Notézine en France), un nouveau médicament importé des Etats-Unis. Le chef et l’homme médecine s’y oppose, préférant utiliser la médecine traditionnelle, pourtant sans effet sur les filaires. Le film comporte de nombreuses chansons d’Eddie Lund interprétées par Denise Pottier, Alec Salmon et Elianne Hirson et de nombreuses séquences de danses (Greta Spitz). La distribution de ce film tourné à Tahiti est principalement polynésienne, on trouve dans les rôles principaux : Anna Gobrait, Vahio Terorotua, Miri Rei, Ben Bambridge, William A. Robinson, Tehapaitua Salmon, Taea Tepava, Tetua Mauu, Turia Salmon, Denise Pottier, Greta Spitz, Nancy et Nick Rutgers, Irène de Deyn, Henry de Meyer et Irma Spitz. Le réalisateur du film, James Knott n’est autre que l’ancien responsable de la lutte anti-filarienne de l’armée américaine pendant la guerre du Pacifique. C’est à partir de ses travaux et de ceux du docteur Lambert que Cornélius Crane et William A. Robinson (dans son propre rôle dans le film) mettront sur pieds un programme de recherche et de lutte contre la filariose à Tahiti avec le concours du gouvernement français et des universités de Californie et de Los Angeles. Quelques années plus tard (1948), ils créeront l’Institut de Recherches Médicales de l’Océanie française, l’actuel Institut Louis Malardé, où se déroulent d’ailleurs plusieurs scènes du film.

Scénario : James Knott et Lotus Long (The last of the pagans); Montage : Otto Meyer; Image et réalisation : James Knott

Fonds HSFA - Collection ICA