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Tourné en 1979, ce film de Dominique Arnaud est l’histoire d’un rêve. Le rêve d’un prisonnier qui s’évade. Meurtrier en rupture de ban, il viole tous les tabous d’une nouvelle société et s’installe finalement au fin fond d’une vallée luxuriante, solitaire. Entièrement tourné à Tahiti, le film sera sélectionné pour la quinzaine des réalisateurs au 33ème Festival de Cannes en 1980. D’une durée initiale de 85 minutes, le film présenté au Grand Théâtre sera une version courte, restaurée et remontée par le réalisateur il y a quelques mois. Dominique Arnaud a offert la copie à l’ICA et offert les droits d’exploitation pour Cinematamua.

On est loin du Tahiti traditionnel et idyllique des visions touristiques. « Moemoea » est la première œuvre d’un échappé des Beaux Arts de Genêve, épris de la réalité des îles et de leurs habitants, parmi lesquels il vit depuis 4 ans. Pour produire son film, loin des subventions de la Métropole, il a créé son propre « studio », « Hitimarama Films », ou les « Films de la Lumière ».

(Perspectives du Cinéma français)

Une œuvre comme « Moemoea » redonne confiance dans le cinéma et devrait réconforter et inciter les jeunes réalisateurs. On peut dire ce que l’on a envie de dire. On peut travailler en 16mm, et aborder des thèmes essentiels avec un budget dérisoire. Evidemment, il ne s’agit pas de prôner la pauvreté mais la réalisation de Dominique Arnaud est un parfait exemple de ce que l’on pourrait et devrait voir plus souvent. Mis à part un plan rigoureux, le film a été presque exclusivement improvisé avec pour seul point de repère le titre de la séquence. Alors qu’elle tournait dans une cellule, l’équipe est tombée sur un graffiti : « La liberté est un état d’esprit ». « Si nous n’étions pas tombés sur cette phrase, le film aurait été différent » explique l’auteur. Le seul élément qui fut rigoureusement suivi a été de respecter le climat du film, la volonté de révéler le personnage dans sa vérité par son comportement plus que par un discours intellectuel : « l’une des difficultés du tournage était de donner une certaine consistance au personnage à travers des gestes quotidiens sans avoir recours au discours. Pour cela nous avons essayé d’exacerber les attitudes, c'est-à-dire en fait de dialoguer plus avec la caméra qu’avec les mots ».

(Jean Scemla – La Dépêche de Tahiti)

Fonds Arnaud - Collection ICA