04 juin 2008
Les immémoriaux - Cinematamua 46

Le film « Les immémoriaux » réalisé en 1982 par Ludovic Segarra est une
adaptation libre d’un récit de voyage de Victor Segalen. En 1905, l’écrivain
décrivait dans « Les immémoriaux » le passage du monde maori vers un
autre monde évangélisé.
Marc Giannesine dans un article paru dans le Monde
en 1987 écrivait : « Mais attention, l’aventure selon Segalen est un changement
total de vie, de peau. Il ne s’agit pas pour lui de singer superficiellement les
coutumes des Maori, mais de dépouiller en esprit sa propre culture pour
mieux sentir celle des autres. C’est l’exotisme au sens le plus pur du terme,
comme Baudelaire l’entendait, un art des correspondances entre les choses les
plus diverses. »
Henri Hiro, figure
emblématique dans le Pacifique, de la défense de sa culture, remonte pour nous
le temps en suivant le texte de Segalen. Un leitmotiv dans ses propos : "Je ne
reconnais plus ma terre, ma terre ne me reconnaît plus". Pieds nus, vêtu d'un
paréo, il part à la recherche de son île et de sa culture. Issu du monde
maori qui vivait en païen, il constate le mal fait par les
missionnaires qui à coup de bonnes paroles et de morale chrétienne ont réduit ce
peuple à l'oubli collectif. Interpellant les touristes qui débarquent à
l'aéroport de Papeete, il leur lance : « Et puisque aujourd’hui tout se vend,
c'est votre argent que nous saluons en acceptant de nous perdre ». Sa quête le
mène au coeur de l'île où il livre un véritable corps à corps avec des
puissances secrètes (plans de danses rituelles). Suivi par d'autres Tahitiens,
il vit à travers une nuit inoubliable un retour au monde païen fait de joies et
de voluptés.
A Marc
Giannesine de conclure : « Dans le documentaire, à mi-chemin entre le reportage
et la fiction (comme dans l’œuvre de Segalen se mêlent intimement le réel et
l’imaginaire), un homme est chargé de faire la liaison entre le présent dégradé
et l’immémorial. C’est le dernier homme porteur de la parole magique… qui nous
emmène. Où ? Dans un monde polyphonique, de danses frénétiques, retentissant en
accents brutaux, ensorcelant et laissant éclater toute la démesure de la nature.
Feu, terre, eau pure, chair, toute une matière vivante en effervescence, prise
dans une ronde extatique, rythmée aux temps sourds d’un rituel… Segarra comme
Segalen sont des voleurs de feu ».
Ludovic Segarra
Toute sa vie Ludovic Segarra s’est passionné pour les civilisations non
occidentales et les spiritualités d’Orient. Pendant 35 ans - son premier film
date de 1972 -, cet aventurier de l’esprit a su faire partager avec talent et
exigence sa curiosité insatiable, dans des documentaires mémorables, filmés aux
quatre coins du monde au contact de populations et de cultures ancestrales.
Ludovic Segarra est décédé en décembre 2007 après s’être battu de longs mois
contre la maladie.
Interview de Ludovic Segarra
"J’aimerais que ces films procurent un « frisson », une nostalgie, celle d’une
innocence perdue, que ce choc soit du même ordre que lorsque l’art nègre et les
arts dits primitifs ont fait leur éruption entre 1910 et 1920 et ont créé ici
une révolution dans le domaine esthétique. C’est audacieux, mais je pense très
profondément que nous avons besoin de ces témoignages qui peuvent éclairer nos
vertiges actuels. D’ailleurs cette quête obsède les occidentaux depuis des
siècles, il suffit de lire Rimbaud : « Je suis une bête, un nègre… Connais-je
encore la nature ? Me connais-je ? J’ensevelis les morts dans mon ventre. Cris,
tambour, danse, danse, danse. »
Paradoxalement l’extrême lointain,
l’exotisme, dans le sens où Victor Segalen et Gauguin l’ont pratiqué permet de
prendre conscience de sa propre originalité. En pénétrant dans l’intimité d’un
peuple, d’une culture, sans verser dans un mimétisme des amateurs de pittoresque
simpliste, en se dépouillant, en esprit, de sa propre culture pour mieux sentir
celle des autres, pour mieux apprécier la différence, au bout de ce chemin on se
retrouve « agrandi» de ce qui nous est commun, fondamentalement."
Extrait d’une interview de Ludovic Segarra (alors directeur de la
collection « Arts du Mythe » sur Arte), recueillie par Marianne Lévy-Leblond,
ARTE France et Angelika Schindler, ARTE Deutschland.
03 avril 2008
Visite à nos cousins dans les mers du sud - Cinematamua 45


Tahiti : l’île du bonheur ? (1961)
Cet épisode nous invite à rencontrer les Européens qui se sont installés en Polynésie à la recherche d’un Eden imaginaire. La première partie du reportage s’intéresse aux « hommes nature » qui ont tout quitté pour vivre au Paradis. Franck Fay, artiste et ancien homme nature revenu à la civilisation, raconte ses mésaventures à Tahiti. Le film est une succession de portraits d’hommes satisfaits ou déçus par la vie à Tahiti, voyageurs ou notables, qui un jour ont décidé de tout quitter, tel Gérald Saint Pierre; Monsieur Pailloux ; Emile Savoie et Mr De Montluc, bâtonnier de l'ordre des avocats de Tahiti, arrivé en touriste dans les années 30. L’émission s’achève avec l’interview de Natacha Bjorg, consul du Danemark qui évoque la vie des femmes (vahine popa’a et vahine locale) à Tahiti.
L’atoll d’Anaa : un oasis dans le Pacifique (1961)
Ce film nous invite à la découverte d’un atoll: Anaa. Eloigné de Tahiti, dans l'archipel des Tuamotu, cette île basse vit de la plonge à la nacre perlière, l’un des métiers les plus dangereux au monde. On y rencontre l’institutrice Mamanu dans un village abandonné aux enfants ; Colombani qui récolte du coprah et Pierre qui nous explique les différents usages de la noix de coco; Amélie Cadousteau, Adrien Auméran et le chef Raura Tataia rescapés du cyclone qui détruisit l'île en 1906. La visite de l’atoll se poursuit et nous assistons à une pêche miraculeuse sur le récif. Le film s’achève sur un récital de Pere, soprano d'Anaa, avant que tous les habitants n’entament un chant paumutu d’au revoir.
Fonds INA
Pour en savoir plus sur la série, regarder l'article "Cinematamua 41"
06 mars 2008
Mr Robinson Crusoe - Cinematamua 44
« Mr Robinson Crusoe » a été tourné en 1932 par Eddie Sutherland sur un scénario de Elton Thomas, pseudonyme de Douglas Fairbanks. Fairbanks tient le rôle principal du film, à ses côtés l’actrice espagnole Maria Alba, de 27 ans sa cadette. Le film a été principalement tourné en Polynésie française, même si plusieurs scènes furent tournées en studio avec des découvertes photographiques. Le générique stipule que les acteurs interprétant les autochtones sont des natifs de Tahiti, Fidji, Samoa et des Marquises.


Douglas Fairbanks débute à Broadway en 1902, il est alors âgé de 19 ans. Rapidement il devient l’une des stars du cinéma muet américain et en 1917 il fonde "les Artistes associés" avec Charles Chaplin, D.W. Griffith et Mary Pickford, qui va devenir sa femme. Pour toute une génération (dans les années 20), Douglas Fairbanks est le héro parfait de cinéma, tout à tour Zorro, D’Artagnan, Robin des bois ou encore le voleur de Bagdad. Avec l’avènement du parlant, ce ne furent pas seulement les films muets qui n’avaient plus la cote auprès du public, mais bien toute une conception du cinéma. Fairbanks essaye de se mettre au goût du jour en interprétant « The Taming of the shrew », une adaptation de la pièce de Shakespeare. Hélas, sa voix trop haute ne colle pas à l’image que le public s’était faite de lui. L’échec cuisant de ce film va de paire avec une dégradation de ses relations de couple. Après un deuxième film parlant, Fairbanks quitte Hollywood pour un voyage autour du monde. Il en ramène un documentaire et l’année suivante, il part pour les mers du sud, où il tourne « Mr Robinson Crusoe ». L’histoire est une adaptation « moderne » du roman de Defoe « Robinson Crusoe » : Un riche Américain (Douglas Fairbanks) en croisière sur un yacht dans les mers du sud, parie avec un ami (William Farnum) qu’il pourra survivre sans difficulté sur une île déserte. Le pari fait, il plonge dans l’océan et rejoint l’île la plus proche. Dès lors, il démontre son ingéniosité « yankee » et avec des matériaux trouvés ici et là construit une maison dans les arbres et toutes sortes d’objets de la vie courante. Vendredi ne fait qu’une brève apparition, et Samedi, une jeune native qui s’est enfuie d’une île voisine pour échapper à un mariage forcé, devient sa compagne en tout bien tout honneur. Vient ensuite une horde de vrais faux cannibales… dont le chef est l’amoureux éconduit. Le film a été produit dans les années 30 et tout comme « Tintin au Congo » peut choquer aujourd’hui, la manière dont sont montrés les natifs (incluant le personnage de Maria Alba) peut sembler aujourd’hui un peu condescendante. Il faut donc prendre le film pour ce qu’il est, une production hollywoodienne des années 30, où les « méchants » sont caricaturaux et les « bons » des héros américains génialissimes, sans peur et sans reproche. « Mr Robinson Crusoe » est l’un des quatre films parlants dans lesquels Fairbanks joua. Réalisé à la manière d’un film muet, il fut diffusé dans certaines salles comme tel. Le film sera sonorisé à Hollywood. La musique d'Alfred Newman est toujours éminemment évocatrices de mers du Sud, on y retrouve d’ailleurs quelques chants tahitiens. Il retravaillera par la suite certaines de ces mélodies pour le film « Hurricane » (1937). Le film est présenté avec sa bande son originale sans sous-titres.
M. Robinson Crusoé (1932)
Douglas Fairbanks, William
Farnum, Maria Alba - noir et blanc - 70 minutes
04 février 2008
Le pasteur et la vanille - Cinematamua 43

Dans les années 70/80 Jean L’Hôte réalise de nombreux téléfilms et documentaires pour la télévision française, de nombreuses émissions pour l’Eglise Réformée de France et tourne plusieurs films en Polynésie française, notamment avec Henri Hiro et le personnel de la Maison des Jeunes et de la Culture de Papeete.
Cette deuxième émission de la série « La Polynésie au cœur » aborde principalement trois thèmes: la religion, la recherche d'un retour aux traditions polynésiennes, et l'économie sur l'île de Huahine. Depuis la colonisation anglaise puis française, la religion polynésienne ici évoquée, n'a pas résisté aux différentes missions chrétiennes. La seule caractéristique sauvegardée de l’ancienne religion est celle de la parole, de l’art oratoire toujours très vivace.
Ceci n'est d'ailleurs pas la seule manifestation d'une envie des Polynésiens de résister à la culture qui leur a été imposée et de retrouver les sources de leur civilisation. Hubert Brémond recueille les récits des derniers vieux qui se souviennent, Henri Hiro nous conte la légende polynésienne de la création. Le film montre leur engagement pour préserver la langue et la culture originelle polynésienne. Sur le plan économique, la principale ressource de l'île est la vanille dont le commerce était autrefois le monopole des commerçants chinois. Quelques temps avant que l'émission ne soit tournée, il y avait d'ailleurs eu un conflit entre les acheteurs chinois et les habitants de l'île à propos du prix d'achat de la vanille. Les agriculteurs refusèrent de vendre à des prix trop bas et créèrent une coopérative.
Jean L'Hôte, né le 13 janvier 1929 à Mignéville (Meurthe-et-Moselle) et décédé accidentellement le 28 avril 1985 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en Lorraine, est un écrivain et cinéaste français. Ses parents étaient instituteurs. Après des études d'art et d'archéologie, il entre à l'Ecole des hautes études cinématographiques (IDHEC). Il collabore ensuite à l'émission Cinq colonnes à la une, mensuel d'information de l'ORTF, et travaille aussi avec Jacques Tati, notamment pour le film Mon oncle.
03 décembre 2007
Visite à nos cousins des mers du Sud - Cinematamua 41
Producteur de films de cinéma, Paul-Edmond Decharme connaît bien la Polynésie. Il y a produit avec Lee Robinson en 1958 le film de Ralph Habib « Le passager clandestin » avec Martine Carole et Serge Reggiani. Il produira un autre long métrage à Tahiti en 1966, « Tendre Voyou » de Jean Becker avec Jean Paul Belmondo, star montante du cinéma français. Avec l’avènement de la télévision, Decharme partage son temps entre le petit et le grand écran. En 1961, accompagné du journaliste Merry Bromberger, Decharme propose à l’ORTF une série de 13 téléreportages ayant pour thème les Territoires français du Pacifique Sud. Ces films seront tournés au Vanuatu (Nouvelles Hébrides), à Wallis, en Nouvelle Calédonie et en Polynésie française (7 épisodes). Trois journalistes francophones parcourent les îles et nous les font découvrir : Georges Konen (Belgique), Jacques Languirand (Canada) et Marc Darnois (France).

Tahiti : l’arrivée en chantant
A la mode tahitienne, les spectateurs sont invités à faire le tour de l'île à bord d'un camion découvert avec des fleurs et des guitares. Les nombreuses haltes nous mèneront dans les petites églises de Papeete où sont interprétés les chants des Polynésiens chrétiens, aux anciens marae, sur une route de montagne au son des guitares, à la pointe Vénus où accosta Cook, au tombeau du dernier roi de Tahiti pour entendre « Maururu a vau » dont John Martin explique l’origine, au bain des vahine. Ce tour de l'île en chansons s’achève par une fête où des Tahitiens chanteront de vieux ute.

Makatea : une mine dans l'océan
L’escale de ce téléreportage est Makatea, île minière du Pacifique où l'on découvre cette mine à ciel ouvert où 1500 hommes, Polynésiens et Européens extraient le phosphate. Une île isolée avec chemin de fer et tapis roulants, mais sans route
Directeur de la Photographie : Jean Jacques Rochut
Cameramen : Emmanuel Machuel et Serge Arnoux
Ingénieur du son : Jean Robert Philippe
Montage : Monique Kirsanoff assistée de Claire Ginewski
Administrateur de production : Camille Lefrançois
Réalisateur : Paul Edmond Decharme
Fonds INA
23 octobre 2007
Fratello mare - Cinematamua 40
Ce film de fiction documentaire tourné entre 1954 et 1975, nous parle de l’Océanie et plus particulièrement de la Polynésie, à une époque où l’océan était le seul compagnon des hommes qui peuplaient ses îles et archipels. Aux Tuamotu, un vieil homme nous raconte comment était la vie dans sa prime jeunesse. Les hommes vivaient alors avec la mer et par la mer. Il évoque sa vie d'enfant, sa naissance en mer durant une longue traversée, jusqu’au moment où il s'aperçoit qu’il vient de vivre ses plus belles années et que le temps est venu de se comporter comme un homme. Ce voyage initiatique dans le temps, nous fait revivre la Polynésie d'antan, la vie sur les îles (Makatea) et atolls des Tuamotu, mais aussi la découverte d'autres terres et d'autres peuples d'Océanie. Jeune garçon, il connaît également des amours enfantines: une fillette rêveuse, imaginant tout un monde enchantée de fables. Il y a aussi les légendes chantées par les vieux, les récits épiques et les histoires de marins dans les îles du Sud. Ce sont toutes ces expériences qui feront de lui un homme, un Polynésien.
Alors à peine âgé de 25 ans, Folco Quilici vient d’achever le film « le sixième continent ». Présenté à Venise en 1954, le film est un succès. Pour se changer les idées, le jeune réalisateur se rend aux Tuamotu avec une caméra Arriflex 35 millimètres et 10 bobines de 120 mètres. Il y filme de nombreuses séquences de la vie quotidienne des Paumutu. De retour en Italie, il est appelé comme caméraman sur un film au Congo, puis est choisi pour diriger le film « Paradiso » (Paradis des hommes, film aujourd’hui disparu selon le réalisateur) à Tahiti. Ce film lui vaudra un Ours d’argent au Festival de Berlin en 1956. Les bobines des Tuamotu sont oubliées…
En 1972, un laboratoire cinématographique le prévient que dans un lot de vieux films à détruire, ils ont retrouvé 9 bobines 35mm développées à son nom et en bon état de conservation. Convaincu que ces images valent de l’or car la Polynésie est en pleine mutation depuis l’implantation du CEP, il écrit l’histoire de ce vieux pêcheur qui se souvient de sa jeunesse. Le film sera achevé en 1975 et présenté au Festival international de Téhéran (Prix spécial), puis au Festival de Carthagène en Espagne où il remporte le Grand Prix. En 1976, le film est acheté par un producteur japonais qui le destine au marché des pays de l’Est. Une faillite, et le négatif disparaît. Ce n’est qu’en 2002 que Folco Quilici retrouve le négatif du film au Japon, mais sérieusement endommagé. Il entreprend alors la restauration complète du film.
Le DVD du film sort en Polynésie début novembre 2007 (Edition ICA - Collection Cinematamua).
10 octobre 2007
Le rescapé de Tikeroa - Cinematamua 39

En décembre 2005, l’ICA et l’INA signaient une convention de partenariat couvrant notamment l’utilisation des archives à thématique polynésienne faisant partie du fonds de l’INA. Un corpus de programmes issu du fonds de l’INA a donc été constitué, comprenant une centaine d’heures d’images sur la Polynésie française, organisées en 21 thèmes et comprenant 1300 notices documentaires.
L’ICA a sélectionné plusieurs programmes documentaires et fiction qui seront proposés au public dans le cadre de Cinematamua dans les mois et les années à venir. Le premier film présenté est un téléfilm produit par Antenne 2 : « Le rescapé de Tikeroa ». Co-signé par Jean L’Hôte (Le pasteur et la vanille, Le château) et Henri Hiro (Tarava, Ariipae vahine), le film fût tourné à Huahine en 1980. Le rôle principal, celui du gendarme Yvon Gautier était tenu par Jacques Martin, le reste du casting était principalement composé d’acteurs locaux : John Marai (Vanaa), Manuia Taie (Tematai), Teamotuaitau (Teriitehau), Mama Vaetua et Roland Bourcard (commandant de gendarmerie).
L’histoire
En 1939 un gendarme français (Jacques Martin) est oublié sur une île polynésienne, lors d'une tournée administrative. Lorsque la guerre éclate, il n'en sait rien et ce n'est que lorsqu'un navire allemand fait escale qu'il apprend la gravité des événements. Sur le ton de la comédie, cette dramatique nous décrit les rapports entre cet ex-gendarme encore tout empreint de sottise administrative et la population de l'île naïve mais joyeuse. La comédie l'emporte sur le drame et le gendarme ne tardera pas à acquérir la joie de vivre des indigènes.(Source: INA).
12 septembre 2007
Présence protestante - Hommage à Henri Vernier - Cinematamua 38

Il y a trois ans, l’Eglise protestante maohi confiait à l’ICA près de 600 documents audiovisuels en plus ou moins bon état (films 16mm et bande 6.35 audio), des émissions de télévision et des émissions radiophoniques. Dans quelques jours, 300 autres bandes audio rejoindront ce fonds déjà important.
Le premier travail de l’institut fut d’inventorier ces documents, de les trier et de les classer. Cette phase achevée, l’institut est actuellement en train de numériser les films 16mm et de les synchroniser avec leur bande son.
Ce fonds d’archives retrace l’histoire de l’Eglise évangélique de Polynésie (son ancienne appellation) depuis 1963 (avec l’enregistrement audio du culte célébrant l’autonomie de l’Eglise par les pasteurs Samuel Raapoto et Marc Boegner). Cette collection de documents est principalement composée des émissions « Présence protestante » (télévision et radio) tournées localement de 1974 à 1986 (la fin de l’utilisation du film pour les tournages).
Cinematamua et l’Eglise protestante maohi ont choisi de présenter quelques films extraits de ce fonds en rendant hommage au Pasteur Henri Vernier à travers plusieurs émissions qu’il tourna entre 1977 et 1986 date de son départ pour la France. Ces reportages nous ferons redécouvrir le merveilleux conteur qu’était Vernier et nous emmènerons sur la tombe de Henry Nott à Papetoai sur l’île de Moorea, sur le marae Taputapuatea à Opoa sur l’île de Raiatea, à Hiva Oa aux Marquises et à Rapa aux Australes. Nous retrouverons à ses côtés plusieurs animateurs de l’émission « Présence protestante » : Antonio Temaurioraa, Albert Schneider, André Joly et Roland Feit. Petit fils du pasteur Frédéric Vernier arrivé en Polynésie en 1867, Henri Vernier est né à Papeete en 1913. Il grandit à Raiatea, puis part faire ses études en France où il est fait prisonnier lors de la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui fait découvrir sa vocation. Pasteur en Nouvelle-Calédonie, puis à Tahiti, il a servi l'Eglise évangélique en tant qu'administrateur et professeur à l'Ecole pastorale d' Hermon. Pédagogue et écrivain, il publie aux éditions Olivétan, une Histoire de la présence des églises évangéliques à Tahiti et en Polynésie française depuis 1797, intitulée "Aux Vents des Cyclones" (1986). Henri Vernier s’est éteint en France le 29 août 1999, à l'âge de 86 ans.
Pour regarder les films: http://www.ica.pf/articles.php?id=718
Tanga Tika - Cinematamua 36

Le film « Tanga Tika » n’a été diffusé qu’une seule fois à Tahiti en 1971 lors d’une projection au Concorde faite au bénéfice du Groupement de solidarité des femmes. Depuis, le film avait disparu, jusqu’à ce que Alex W. Duprel (Tahiti Pacifique Magazine) « n’hérite » à la mort du réalisateur Dwight Long d’une caisse de photographies, de documents ayant trait au tournage et d’une copie du long métrage. Il remet à l’ICA une copie du film et obtient des ayant droits l’autorisation de le diffuser en Polynésie française. C’est cette copie légèrement restaurée et sous-titrée en langue française que Cinematamua projettera au Grand Théâtre de la Maison de la Culture.
« En 1935, un jeune Américain, Dwight Long, quittait l’université de Seattle pour entreprendre un tour du monde en voilier et découvrait ainsi Tahiti et ses îles », écrit en février 2003 Alex W. Duprel dans le magazine Tahiti Pacifique N°142. Cet article intitulé « Découverte d’un film oublié : Tanga Tika » nous raconte l’histoire de ce film disparu puis retrouvé. Cinéaste et photographe pour l’US Army durant la seconde guerre mondiale, Dwight Long revient dans les Etablissements français de l’Océanie en 1948 avec la ferme intention d’y tourner un film.
Le tournage de Tanga Tika dure près d’un an, commençant fin 1948 pour s’achever l’année suivante. Toute la population participe au tournage, y compris le gouverneur Anziani et le maire de Papeete Alfred Poroi, chacun dans leur propre rôle.
Le film sort en salle en 1953 à Los Angeles, mais ne connait pas le succès faute d’un réel budget de promotion et d’un véritable distributeur. Tanga Tika sera tout de même distribué dans quelques grandes villes des Etats-Unis, notamment à New-York.
Tanga Tika met en scène Paul Moe (Timi) et Adeline Tetahaimaui (Nenu). Le jeune tahitien tombe amoureux de la jolie Nenu. Malheureusement, la maman de Nenu est fortement endettée chez le commerçant chinois Ah Fu (Roger Siou) et espère régler cette dette en laissant le fils de Ah Fu épouser Nenu contre son gré. Timi décide donc de rembourser la dette en participant aux nombreux concours du Tiurai 1949. Il en gagne un certain nombre de prix, mais cela ne suffit pas à éponger la dette. Il décide donc de s’embarquer pour une campagne de coprah…
Renaissance des vielles bobines - Cinematamua 35

L’ICA vient de fêter son 100ème dépôt volontaire. Ce sont plusieurs centaines d’heures d’images et de son qui ont été ainsi sauvés d’une destruction quasi inéluctable. La mission première de l’ICA est d'assurer dans les meilleures conditions la conservation à long terme de ces documents audiovisuels. La 35ème édition de Cinematamua en est une parfaite illustration, puisqu’elle est intégralement consacrée aux images tournées dans les années 50 à 70 par des cinéastes amateurs locaux ou de passage.
Cinematamua présentera des extraits des fonds Coeroli, De Chazeaux, Hiquily, Kugler, Manjard, Souky, et Teyssier. Toutes ces images ont été filmées en 8mm et en 16mm par des amateurs éclairés, passionnés d’images, qui filmaient la vie de tous les jours, les fêtes et les grands événements de leur époque. L’ICA a télécinématographié ces films, les a remontés et étalonnés. Cinematamua proposera donc 20 films courts illustrés musicalement, des témoignages uniques sur les années 50 à 70 en Polynésie.
Au programme : L’accueil du navire « De Grasse » (1961), le Carnaval de Papeete (1962), la construction d’une pirogue à la tronçonneuse, le crash de l’hydravion O AGY, Tiurai à l’hôpital Vaiami (1967), le départ de Tahiti Nui (1956), la fabrication du tapa à Fatu Hiva (1965), le ma à Fatu Hiva (1965), le Général De Gaulle à Papeete et Pirae (1966), les jeux d’enfants devant le magasin Souky, Maurice Herzog à Tahiti (1966), Course de pirogues à voiles (1967), Rapa (1961), la cartographie de Mururoa (1961), les îles Gambier (1967), Tahiti beau paradis, Cross USEP à la Fautaua (1966), la visite du gouverneur Sicurani à Fatu Hiva (1965), Souky meneur de revue et Week-end à Tahiti.
Jean de Chazeaux
Jean De Chazeaux arrive à Tahiti en 1961 à bord de la Bayonnaise dont il est le commandant. Ce dragueur côtier vient remplacer le Lotus. Avec l'aviso-drageur La Capricieuse, il se voit confier des missions hydrographiques et géodésiques sur les futurs sites d’expérimentation nucléaire. Jean De Chazeaux filme en 16mm son séjour en Polynésie : l’arrivée du De Grasse dans le port de Papeete, la cartographie de Mururoa, le carnaval de 1962 et une visite de l’île de Rapa.
Souky
Souky a fait les beaux jours des boîtes de nuits de Tahiti dans les années 50/60. Musicien, peintre, photographe, Souky s’essaya également à la caméra. Les films ont été récemment retrouvés par ses enfants. Quelques uns ont pu être sauvés. Le premier film est un extrait de « Tahiti Beau Paradis », il raconte l’histoire d’un jeune Chinois qui arrive par bateau à Tahiti et y découvre une communauté bien organisée et accueillante. Suivent, « Week-end à Tahiti », « Souky meneur de revue », « des jeux d’enfants devant le magasin familial » et des prises de vues d’un petit hydravion qui s’est écrasé.
Coeroli
Il y a quelques années la famille Coeroli a apporté à l’ICA, une boîte remplie de vieux films 8mm. Il y avait beaucoup de souvenirs familiaux, mais également de nombreux reportages amateurs sur l’actualité du Fenua. Voici trois reportages parmi tant d’autres : le départ du radeau Tahiti Nui de Eric de Bisschop en 1956, la visite de Maurice Herzog, puis du Général de Gaulle en Polynésie en 1966.
Kugler
C’est en novembre 1965 que Laurent Kugler prend ses fonctions d’instituteur à Fatu Hiva aux îles Marquises. Armé d’une caméra 8mm, il y filme des scènes de la vie quotidienne, plus particulièrement à Omoa. Le premier document présente la fabrication des tapa et leur décoration. Le second film nous invite à découvrir la fabrication du ma. Enfin, Laurent Kugler filme la visite du gouverneur Sicurani.
Manjard
Dès le début, avant même que la télévision n’arrive à Tahiti, l’USEP filme ses manifestations, fête de la jeunesse, Lendit, visites ministérielles,… Le Monsieur « Cinéma » de l’USEP se nomme Jean Manjard, il filme les événements, les sonorise, il réalise des reportages avec René Maoni et les projette dans les îles lors de ses déplacements. En 1966, il filme au stade de la Fautaua une compétition de course à pieds.
Jacques Teyssier
Pendant trois années, le jeune médecin Jacques Teyssier va parcourir les îles les plus éloignées de la Polynésie en tant que médecin itinérant. Toujours accompagné de sa caméra 16mm, il filme ses voyages, ses amis et les manifestations auxquelles il participe : courses de pirogues à voiles dans la rade de Papeete, visite des îles Gambier en 1967, et les troupes de Madeleine Moua et Paulette Viénot dansant dans l’enceinte de l’hôpital Vaiami.
Tara Hiquily
Tara Hiquily, chargé des collections océaniennes au Musée de Tahiti et des îles est un passionné de cinéma. Equipé de caméras Super 8mm et 16mm, il perpétue la tradition en filmant avec de la pellicule à une époque où la vidéo règne en maître. Il y a quelques années, Tara filmait la fabrication artisanale d’une pirogue. La tronçonneuse côtoyait la hachette, mais les gestes étaient précis, redoutablement efficaces.

